La maniaco-dépression
Dr Jean Hillel

Introduction

Les variations de l’humeur constituent le lot de tout individu. Sous l’influence de facteurs situationnels (pertes affectives, variations de la température, variations saisonnières, gains ou pertes d’argent, promotion ou démotion, etc.) notre humeur peut varier au cours d’une même journée, des saisons, des années.

Chez l’individu ordinaire, ces variations de l’humeur sont en proportion avec l’événement en cause et se régularisent en peu de temps, alors que chez l’individu atteint de ma-ladie affective bipolaire, les variations de l’humeur sont hors de proportion avec les événements. Elles atteignent une intensité telle que l’individu ne se rend plus compte que son humeur exhubérante et que sa colère dépas-sent les bornes ou encore sa dépression est telle qu’il en est paralysé et hanté par des idées suicidaires.

Ce déséquilibre amène des problèmes au travail, avec la famille, les amis, des problèmes financiers et des problèmes judiciaires. Il peut conduire au suicide, à des faillites, à l’hospitalisation ou à l’emprisonnement.

Dans le processus du diagnostic de cette maladie, il est important de ne pas tenir compte seulement de l’état clinique au moment de la consultation mais de procéder à une histoire des états antérieurs (histoire longitudinale) et à une histoire génétique : recherche de phénomènes semblables chez les collatéraux (frères et soeurs) et les ascendants (parents, frères et soeurs des parents).

 

Différentes formes et phases de la maladie

Classiquement, la maladie compte une phase dite (bas) et une phase dite mania-que (haut) d’où l’expression maniaco-dépressive ou affective bi-polaire. Il faut se rappeler cependant qu’il y a une phase "normale" où le fonctionnement de l’individu est relativement adéquat. Chez certains individus, porteurs de cette maladie, on retrouve des phases dites mixtes où il y a un mélange des deux phases.

 

Phase dépressive

La phase dépressive est caractérisée par :

- tritesse de l’humeur
- ralentissement de la pensée
- ralentissement moteur


a) Tristesse de l’humeur

L’individu a le «coeur gros», il perd tout goût de jouir de la vie et est porté à pleurer, se culpabiliser pour des choses du passé, se dévalorise, il peut se penser atteint d’une maladie in-curable et souhaiter la mort.


b) Ralentissement de la pensée

Le sujet déprimé présente de la difficulté à for-muler sa pensée. Ses capacités de concentration et d’attention sont diminuées, ses réponses sont souvent monosyllabiques comme s’il était incapable de formuler une phrase complète.


c) Ralentissement moteur

Toute activité devient pénible pour le déprimé. Il passerait ses journées couché, parce que continuellement fatigué. Se laver, se brosser les dents, s’habiller, se nourrir deviennent des cor-vées qu’il essaie d’éviter. Il reste souvent couché mais souffre d’insomnie, préoccupé qu’il est par ses idées pessimistes. L’idée de suicide peut lui aparaître comme la seule solution à ses souffrances indescriptibles.

 

Phase maniaque

La phase maniaque est l’envers de la phase dépressive. Elle est caractérisée par :

- une exaltation de l’humeur
- une accélération du processus de la pensée
- une hyperactivité motrice


a) Exaltation de l’humeur

L’humeur du maniaque est exhubérante,exaltée. Il ne s’agit pas là de la vitalité et de l’optimisme que l’on retrouve chez les gens entreprenants.

Il a une extrême confiance dans ses pouvoirs et son charme, il est convaincu et convaincant, il ne permet aucune critique devenant facilement irrité et colérique. Sur le plan affectif, il a des aventures pour le plaisir de plaire, de connaître le changement, sans penser aux consé-quences possibles. Il a une absence totale d’inhibition et de tact, ce qui peut amener des conséquences fâcheuses sur le plan famillial, au travail, etc.


b) Accélération du processus de la pensée

La pensée du maniaque est rapide, accélérée. Les pensées se bousculent au point que le flot verbal ne peut suivre le rythme et il passe d’un sujet à l’autre, fait du «coq-à-l’âne», parle, parle sans arrêt même si son auditoire n’écoute pas.

L’écriture prenant encore plus de temps que la parole, ses écrits peuvent être tout à fait incohérents même pour lui.


c) Hyperactivité motrice

Le maniaque est toujours en mouvement. Il entreprend plusieurs projets en même temps dans lesquels il s’est engagé sans prendre le temps d’en examiner les détails afin d’en ap-précier la validité : son jugement est perturbé ; son activité sexuelle s’accroît et va dans toutes les directions. Il ne connaît pas de limites à ses forces, ne prend pas le temps de manger, il ne se sent jamais fatigué et a trop de choses à faire pour penser à dormir.

Si son entourage essaie de le calmer ou de lui conseiller du repos, il devient irritable et consi-dère que ce sont les autres qui sont malades.

N.B. : Le patient en phase maniaque peut de-venir méfiant, considérer que son entourage en veut à ses biens et/ou à sa personne. Ses projets grandioses peuvent être accompagnés de mé-fiance, de propos paranoïdes.

L’aspect paranoïde peut être, à un moment donné, le symptôme principal ce qui peut in-duire en erreur l’examinateur qui pensera à une psychose paranoïde, à une schizophrénie pa-ranoïde et conduira à un traitement qui n’est pas le bon.

 

Les phase mixtes

Alors qu’habituellement les phases dépressives, les phases maniaques et les pha-ses dites normales ou euthymiques se suivent, ce qu’on appellera «un cycle», il arrive que des symptômes dépressifs sont enchevêtrés à des symptômes maniaques : on parle alors de for-me mixte. Le malade présentera par exemple :

  • un affect triste
  • une accélération du processus de la pensée et un ralentissement moteur.

     

    Les cycles rapides

    On note généralement qu’un cycle est constitué par une phase maniaque, une phase dépressive et une phase euthymique.

    Quand il survient plus de 4 cycles dans une année chez un individu on considère qu’il a des cycles rapides.

    Il peut arriver que le même malade présente plusieurs périodes maniaques et dé-pressives au cours de la même journée.

     

    Les causes de la maladies et début d’apparition des symptomes

    Il est de plus en plus évident que cette maladie n’est pas acquise au cours d’expériences vécues. Elle est transmise génétiquement, ce qui explique l’incidence plus élevée dans une même famille, de la présence de la maniaco-dépression.

    Alors qu’il est de 3 à 4 pour mille dans la population générale, l’incidence augmente à 15 pour cent dans une même famille.

    On connaît aussi l’infuence des stress sur le cerveau et l’accumulation de stress relié à des problèmes existentiels qui peuvent dé-clencher un épisode dépressif aussi bien qu’un épisode maniaque.

    Depuis quelques années, on redécou-vre l’influence des facteurs saisonniers et du ray-onnement solaire dans l’éclosion des troubles d’humeur.

    a) la manie étant plus fréquente au coeur de l’été et à l’automne
    b) la dépression prédominant pendant l’hiver

    On admet que les premières manifestations de la maladie apparaissent avant la 35e année, généralement dans la vingtaine.

    Certains auteurs considèrent certains troubles de comportements (tels l’hyperacti-vité, l’anorexie, la boulimie, l’alcoolisme et les toxicomanies, certaines phobies) comme des manifestations précoces d’une maladie affective bipolaire.

     

    Les traitements

    - Le traitement de base de la maladie affective bipolaire est le lithium, sel qui a la propriété de stabiliser l’humeur.

    - On a utilisé jusqu’à il y a quelques années les anti-dépresseurs tricycliques (TCA) et les inhibiteurs de la monoaminé oxydase (IMAO) pour combattre l’état dépressif.

    On s’est rendu compte que les anti-dépresseurs administrés seuls provoquent ra-pidement l’apparition d’un état maniaque chez l’individu porteur de la maladie bipolaire. Les anti-dépresseurs ajoutés à un traitement au li-thium contribuent à créer des cycles rapides ou des états mixtes.

    On considère actuellement des phases dépressives en cours de traitement au lithium comme des hypothyroïdies (vraies ou frustres) et on préconise des faibles doses d’extraits thyroïdiens. (L. thyroxine)

    De même dans les cas de cycles rapides et d’états mixtes créés par l’administration d’anti-dépresseurs, des extraits thyroïdiens sont recommandés à doses progressivement élevées.

    On a préconisé aussi l’utilisation des neuroleptiques dans les états maniaques. Mentionnons que les porteurs de cette maladie sont très sensibles aux neuroleptiques et présentent des effets secondaires particulièrement marqués. Actuellement on fait plutôt ap-pel aux anticonvulsivants :

    - clonazepam (Rivotril*)
    - carbamazépine (Tégrétol*)
    - acide valproique (Épival*)

    Des essais intéressants se poursuivent avec le tryptophane, (un acide aminé), qui permettrait de diminuer la dose totale de lithium et de réduire ainsi les risques associés aux do-ses élevées de lithium.

     

    Informations générales

  • Toute personne ayant des manifestations faisant penser à cette maladie devrait être éva-luée et éventuellement traitée.

  • Il existe des services d’aide pour conjoints dans certains CLSC.

  • Il existe une association québécoise des dé-pressifs et maniaco-dépressifs.


    Pour informations :

    Téléphone: Ligne d'écoute :(514) 529-5619 / 1-800 463-2363
    Télécop. :(514) 529-3083